Archive pour décembre 2009

PRIX DE NOS PROTHÈSES DENTAIRES : LE MENSUEL « CAPITAL » BAIGNE À NOUVEAU DANS LA DÉSINFORMATION

LE DEVOIR DU JOURNALISTE EST DE TRANSCRIRE LA VÉRITÉ AVEC LOYAUTÉ SANS DÉFORMATION, DÉSINFORMATION OU MANIPULATION.

LE COURAGE DE LA PRESSE EST DE PUBLIER CES ARTICLES SANS INTÉRÊT NI CALCUL MAIS AVEC POUR SEUL SOUCI LE DEVOIR RÉEL D’INFORMATION.

Comme tant d’autres avant lui, le mensuel CAPITAL a, de nouveau dans son numéro de décembre 2009, distillé le sérum de sa désinformation ciblée sur les prothèses dentaires. Avec d’autres syndicats, DSI s’est soulevé contre cette manipulation et a répondu à cette revue qui n’a pas eu la loyauté de publier notre première lettre à ce mensuel dénonçant les chiffres tronqués du travail au noir dans notre profession (voir sur notre blog notre première réponse). Voici notre second courrier au directeur de cette revue :

CAPITAL

M. François GENTHIAL

Rédacteur en Chef

15, rue Galvani

75009 PARIS CEDEX 17

PARIS, le mercredi 23 décembre 2009

Objet : réponse à votre article du mois dernier sur les prothèses dentaires

Monsieur le Rédacteur en Chef,

Vous n’avez pas eu le courage de publier la contradiction que nous vous avons adressée à la suite du précédent article du mois d’octobre qui n’a pas hésité à diffuser des chiffres aberrants et imaginaires portant sur le travail au noir de 20% du chiffre d’affaires réalisé par notre profession. Ce n’est pas digne d’un journalisme lucide et vertueux de règles d’honnêteté et de devoir d’informer sans déformer. Ces chiffres sont faux et sans fondement. Nous vous l’avons dit et nous avons publié notre réponse sur notre blog. Notre syndicat n’ayant pas la même éthique que vous, nous avons décidé de publier sur notre blog la réplique apportée par votre journaliste, ainsi que nos commentaires.

Nous savons que la presse rencontre des problèmes financiers. Mais ce n’est ni dans le mensonge ni dans le dénigrement qu’elle pourra relever la tête. Si pour activer les ventes de votre magazine vous deviez tomber dans le « people » ou dans les travers de la désinformation, je pense que vous perdriez plus de lecteurs que vous n’en gagnerez.

Tout l’article qui a été rédigé sur ce que vous qualifiez de « scandale des prothèses dentaires » transpire la volonté de tromper le lecteur. À supposer que je puisse accepter les jeux de mots provocateurs, puérils et déplacés, sur le fond de la question, c’est la bêtise qui transcende l’article. Nous, « les pros de la roulette » nous « n’avons rien à cacher », on ne fait pas du « beurre avec les fausses dents », on ne fait pas de « business » avec notre travail qui n’est pas « une poule aux œufs d’or », « on ne se frotte pas les mains » avec notre métier. On ne « fait pas débourser 550 € » une « simple couronne dont la valeur ne dépasse pas 150 € ». Si vous pensez qu’il nous faut simplement que « deux rendez-vous d’un grosse demi-heure » ou « en général une heure et demie de travail », croyez vous que ces 90 minutes de cabinet devraient être gratuites et que tous nos frais soient offerts par le journaliste qui a rédigé ces inepties ? Croyez-vous que nous ferions notre travail si nous n’étions pas honoré par ce que vous qualifiez être une « opération ultra rentable ». Si vous pensez que nous ferions la « culbute » en appliquant nos tarifs de prothèses, c’est que votre esprit s’est « rétrécit au lavage de cerveaux dont vous êtes victime ». Avez-vous fait un comparatif par rapport aux autres pays civilisés ayant le même niveau de vie que nous sur le tarif des soins et des prothèses avant de fustiger nos seuls tarifs de prothèses ?

Nous gagnons notre travail à la sueur de notre front en faisant face à la tension et au stress quotidien ainsi qu’à toutes les difficultés techniques inhérentes à chacune de nos interventions. Pourquoi ne venez vous pas faire cette expérience en passant une journée dans mon cabinet pour ensuite décrier mes revenus qui sont certainement beaucoup moindres que les vôtres ? Si vous avez un brin de conscience professionnelle, publiez vos revenus de chef d’entreprise et je vous donnerais les miens et nous verrons qui a le poste le plus confortable en faisant un rapport temps de travail/revenus.

Vous avez repris, semble t-il, les discours racoleurs d’un représentant des laboratoires de prothèses qui se montre partout et dont le seul objectif est d’arriver à convaincre les pouvoirs publics à accepter les « denturologues » et de faire directement les prothèses aux patients, sans passer par le chirurgien-dentiste ce qui est pénalement répréhensible par la loi. Lui, commerçant de métier, son seul objectif est de se faire de l’argent lors de chacune de ses interventions au laboratoire. En ce qui nous concerne nous, professionnel de santé et libéraux, faisons de la médecine en passant les 2/3 de notre temps à appliquer un tarif de soins indécent ne nous permettant pas de gagner notre vie. De guerre lasse, on ne s’en plaint plus. Mais ne venez pas déverser vos détritus sur nous en ce qui concerne le seul poste nous rendant notre dignité financière.

En ce qui concerne les propos ahurissants sur le prix de nos prothèses, sachez que pour les bénéficiaires de la CMU le tarif de la céramique est de 375 € maximum fixé de plus par la loi. Comment voulez-vous que l’on facture 375 € une céramique dont le seul prix du laboratoire est d’environ 150 € après une « heure et demie » de travail au cabinet ? Alors faire notre prothèse en Chine aujourd’hui, peut-être en Inde demain ou au Bengladesh ou encore au Kenya après-demain, nous permet de maintenir ce prix, dès lors que la qualité du travail et la traçabilité sont irréprochables et réalisés sous le contrôle d’un laboratoire français qui prend sa généreuse commission au passage. Avez-vous simplement pensé à interviewer le trésorier de l’ADF afin de connaître sa motivation et ses explications plutôt que d’isoler une phrase de son article pour vous gausser de ses conclusions ! Toute notre profession pense comme lui, mais cela vous a échappé car vous aviez un objectif ciblé : tronquer l’information.

Vous n’avez pas non plus pensé une seule seconde qu’évoquer le chiffre farfelu de 30% de prothèses faites à l’étranger alors qu’il est de 1,3% selon les chiffres officiels(1) vous fait perdre de la crédibilité si vous n’avez opéré aucune vérification préalable. Mais il est vrai que dire la vérité ne vend pas, vous préférez le sensationnel. Quel triste constat !

Sachez qu’en 1979, lorsque j’ai commencé mon exercice professionnel, le coût de la céramique au laboratoire valait 500 F et le prix au cabinet, après tout le temps de travail et les frais payés, était de 3.500 F en moyenne. 30 ans après, le prix au laboratoire est d’environ 150 € (soit 2 fois plus) alors que le prix au cabinet, ainsi que vous l’indiquiez, est de 550 € (c’est-à-dire le même). Alors que nos prix n’ont pas augmenté en 30 ans, le prix au laboratoire a été multiplié par 2, sans compter le coût de la vie, qui a été multiplié par 3 voire par 5. Alors, tronquer l’information n’est pas du journalisme.

Le législateur a voulu que l’on indique sur nos factures le seul montant du coût du laboratoire de prothèse. Il s’agit d’une désinformation. Le prix de ma prothèse n’est pas uniquement évalué sur la seule dépense du laboratoire. Pour rétablir la vérité, si nous étions obligé de nous soumettre à cette obligation, DSI a décidé de donner comme mot d’ordre aux praticiens de publier tous les frais d’un cabinet pour une heure de travail. Car c’est l’évaluation de l’ensemble des frais qui me permet de fixer mes honoraires de prothèses. Puis nous demanderons qu’il en soit fait de même pour toutes les professions, y compris celle de journaliste qui devra indiquer le montant du papier utilisé pendant un mois et le montant de son salaire, par exemple. Ou celle d’un laboratoire de prothèse qui devra indiquer le montant de la poudre de céramique sur sa facture…

Nous savons, vous et moi, que la jurisprudence ne vous impose pas de publier nos remarques. Cependant, sachez que non seulement nous diffuserons la présente mais aussi qu’on la mettra sur notre blog. Je vous prie de croire, Monsieur le Rédacteur en Chef, en l’assurance de mes meilleurs sentiments.

Philippe Rudyard BESSIS

Président de DSI

Jean-François CHABENAT

Président de la FSDL

Hervé PARFAIT

Pour la FCDF


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POURQUOI LES REPRÉSENTANTS DES SYNDICATS SIGNATAIRES DE LA CONVENTION NE DÉFENDENT PAS AVEC VIGUEUR LES INTÉRÊTS DE NOTRE PROFESSION ?

Il faut que chaque confrère, chaque syndiqué se pose et pose cette question à leurs responsables syndicaux.

J’aurais tant apprécié que l’éloquence, la verve et l’énergie soient mises par chacun pour plaider les valeurs communes de notre profession. Ce que j’ai vécu à la DGCCRF (direction générale de la concurrence consommation et répression des fraudes) me fait croire que notre profession est mal représentée ou mal défendue. En voici le compte-rendu.

Il faut savoir d’abord que mon épouse ayant perdu sa mère le dimanche précédent, je devais aller à son enterrement au MANS ce mardi avant 12 H. Je devais donc prendre le train au plus tard à 11 H à la gare Montparnasse. Je ne pouvais donc rester à cette réunion qu’au plus tard vers 10H30 alors qu’elle allait durer jusqu’à 12 H 30.

Mardi 1er décembre 2009, je me présente donc à 9 H 30 à la DGCCRF à la demande de la FCDF. Je vois parmi les cartons des personnes présentes le nom d’un représentant de la FSDL. Je me suis senti conforté, je n’étais pas seul. En fait, personne de ce syndicat n’était présent. j’ai appris par son président d’honneur, Marc BROUARD que personne de son syndicat n’avait même été convié !!!

Autour de la table une soixantaine de personnes : les médecins en nombre, les consommateurs en nombre, les groupes du ministère et de la DGCCRF, un prothésiste (oui, je répète un prothésiste M. MILLER représentant l’APD) et :

– M. COUZINOU, président du CNO,

– M. L’HERRON, président CNSD,

– M. DIAZ, président de l’UJCD

– Et un deuxième de l’UJCD.

Sans aucun calcul, je me trouve assis à côté de ce groupe qui faisait face au ministère.

Personne ne me dit bonjour, signe de grande confraternité pour ceux qui se rappellent que la déontologie nous oblige à une certaine solidarité ou pour le moins une certaine politesse. Bonjour l’ambiance !

– Immédiatement, le débat s’engage sur les prothèses dentaires et le ministère soutient que l’on a dû nous forcer pour que l’on se soumette au devis dont l’existence émerge en 2006. Le ministère informe que l’obligation d’inscrire le coût du laboratoire dans nos factures est d’application immédiate, d’après leurs juristes, car c’est la loi BACHELOT qui l’impose !!! Enfin, il rappelle l’obligation d’afficher les fourchettes de tarifs de soins et de prothèses dans la salle d’attente. Il indique que de nombreuses personnes de ses services sont déléguées au contrôle dans les cabinets médicaux pour vérifier l’application de ce texte.

– M. COUZINOU rappelle qu’il est aussi entouré de juristes et que leur conseiller d’État a affirmé qu’il faudra attendre la parution du décret pour que l’application devienne effective.

– M. L’HERRON conteste l’affirmation selon laquelle le devis n’a d’existence que depuis 2006. Il affirme que mettre le montant des frais de laboratoire n’est pas possible pour ceux qui ont des techniciens de laboratoires salariés du cabinet.

– Le délégué d’un groupe de consommateurs affirme que cela met fin à l’existence d’une certaine opacité. Cela est immédiatement repris par le technicien de laboratoire qui affirme aussitôt que 30% des prothèses sont faites en CHINE dans des conditions douteuses.

Tout le monde se tait. ET J’EXPLOSE :

– Je suis donc intervenu pour rappeler d’abord au représentant de la DGCCRF que les cabinets dentaires sont des lieux privés qui à la différence de la SNCF ou la RATP ou des lieux publics, les personnes n’y entrent qu’avec notre accord. On n’entre pas chez moi pour aller aux toilettes ou manger un sandwich dans la salle d’attente. Je mettais donc en doute la légalité d’une intrusion dans les cabinets médicaux sans l’accord du praticien.

Je rappelle que s’il fallait indiquer le montant du prothésiste et des prestations annexes sur nos notes de frais, je devrais alors faire une liste à la PREVERT concernant tous les postes de frais que je dois assumer dès lors qu’un patient est au fauteuil ;

Je rappelle que le salaire de ma secrétaire additionné à celui de mon assistante me coûte plus cher que les frais de mon laboratoire de prothèses.

– Le délégué de la DGCCRF me réplique que les « prestations annexes » ne comportent pas les salaires mais tout ce qui est en rapport avec le travail fait sur le patient ;

– Je rappelle que je ne sais pas travailler sans mon assistante et qu’elle m’est indispensable pour mon exercice. Sans elle, j’arrête. Donc les frais engendrés par son intervention nécessaire font partie des prestations annexes ;

Je rappelle que je ne peux pas répondre au téléphone, pas plus que mon assistante, lorsque nous sommes en intervention ou lorsque l’on prend des empreintes ou que l’on taille des moignons. Tout mon exercice se fait à quatre mains. Donc pour répondre au téléphone et que mes patients prennent des rendez-vous je suis contraint d’avoir une secrétaire. Donc cela fait partie des prestations annexes indispensables à mon exercice tout autant que de payer le loyer, l’électricité etc…

J’interpelle les médecins en leur disant que bientôt on leur demandera d’indiquer le coût de la feuille de papier leur servant d’ordonnance et qu’on leur reprochera la « culbute ».

Je demande au responsable de la DGCCRF si les pharmaciens sont aussi concernés par cette mesure et si on verra le coût de la boîte de médicament à la sortie de l’usine et le coût de la boîte de médicament vendu par la Société pharmaceutique ?

Je rappelle que d’après les chiffres officiels portant sur les importations de couronnes dentaires, seuls 1,3% des prothèses posées en FRANCE sont en provenance d’Asie (dixit les chiffres de Marc BROUARD et son dernier article dans la revue de la FSDL) ;

Je m’emporte sur la désinformation permanente que l’on vit depuis trente ans organisées par les « denturologues », qui par un lobbying intense, demandent que l’on indique le prix de la prothèse sortie du laboratoire pour dénigrer notre travail. Leur raisonnement est simple : On demande d’indiquer d’abord le coût du laboratoire ; puis on demande le paiement direct du prothésiste par le patient puis enfin ayant ce contact direct par paiement interposé, on demande à faire la prothèse directement au patient en évinçant le chirurgien-dentiste et sans avoir le diplôme requis ;

J’interpelle les consommateurs en leur demandant de comprendre pourquoi des techniciens de laboratoire deviendraient soudainement les « défenseurs » des consommateurs comme si tout le groupe en face de moi ne savait pas s’exprimer ;

Je rappelle que lorsque j’ai commencé mon exercice professionnel en 1979, le prix de la céramique était de 3.500 F et que aujourd’hui elle est de 600 € soit 3.700 F environ. Soit une hausse de 30 € en 30 ans !!! 9% en 30 ans.

J’interpelle le délégué des consommateurs qui avait repris la parole un court instant en lui demandant s’il savait quel était le prix d’une céramique posée sur un CMU (plus de 10% de la population). Il se tait et fait la moue. 375 € soit une baisse de 30% par rapport au prix de 1979 !!!

Devant partir car il est déjà 10 H 30 et que mon train est à 11 H gare Montparnasse ;

J’interpelle une dernière fois tout le monde et surtout la DGCCRF en leur disant : « Vous voulez de la transparence, demandez au prothésiste de mettre sur leur facture l’origine des matières premières et surtout le prix de la poudre de céramique soit 0,1 € revendu entre 90 à 200 €. Pourquoi on ne parle pas de culbute, de marge ou de coefficient multiplicateur ».

Ouf, je me suis lâché.

– Le responsable de la DGCCRF me répond : « Je suis d’accord avec vous sur tout ce que vous avez dit ». Quel retournement.

Je m’excuse car je dois vraiment partir, le train ne m’attendra pas. Je m’en excuse.

En traversant la salle j’entends M. L’HERRON qui dit :

« Je suis président d’un syndicat ayant 15.000 personnes. On ne demandera pas aux prothésistes de mentionner le prix de la poudre de céramique utilisée pour faire la prothèse »….

Je ne connais rien de la suite et je pars en comprenant que j’ai beaucoup de travail à faire pour aider vraiment notre profession et son image aux yeux du public…

Rudyard BESSIS

Président DSI

1 : Lire avec intérêt l’article de Marc BROUARD, Président Honoraire de la FSDL, en cliquant sur le lien  : protheses_d_asie1

Les ACTIONS DE DSI concernant QUE CHOISIR

Monsieur Jean-Paul GEAI

Rédacteur en Chef UFC-QUE CHOISIR

233, boulevard Voltaire

75555 PARIS CEDEX 11

PARIS, le lundi 4 mai 2009

R.A.R.

Objet : Votre article sur les « prothèses dentaires, des couronnes pas si royales ».

Monsieur le Rédacteur en Chef,

Convenez-en avec nous, il est toujours facile de discréditer une profession surtout celle des chirurgiens-dentistes en diffusant une information tendancieuse dont l’objectif est de nuire à sa réputation. Nous ne pensions pas que votre mensuel, dont on ne conteste ni le sérieux ni la qualité de ses articles, allait succomber à cette tentation à la suite de la diffusion du reportage de France 2. Vous pourrez lire, sur notre blog, la copie de la lettre que DSI a adressée à son Président.

Nous savons pertinemment que certaines personnes mal intentionnées ont voulu nous imposer la profession de « denturologue », ils n’y sont pas arrivés. Pour dénigrer notre profession, les mêmes personnes s’attaquent aux prix de nos prothèses en faisant croire d’abord que nous ne sommes que des intermédiaires vendeurs d’un produit fini et ensuite que notre « marge bénéficiaire » est importante. Alors, nous sommes contraint de réagir afin que cette désinformation ne puisse prospérer.

1. Sur nos tarifs :

Il est écrit en page 52 : « … Cette baisse de prix est-elle répercutée sur la facture de leurs clients ? … aucune diminution de ces tarifs n’a été enregistrée au cours des dernières années. On est en droit de penser que les as de la roulette (sic) préfèrent gonfler leur marge plutôt que de faire profiter leurs patients de la bonne affaire (resic) ».

ï Avant de commenter ces propos, laissez-nous vous rappeler que des centaines de chirurgiens-dentistes, en activité, par vocation et désintérêt, dévoués et bénévoles, sillonnent la France et visitent toutes les écoles afin de motiver les élèves à l’hygiène dentaire. Toute cette prévention de masse est gratuite, tout autant que le temps passé par les praticiens. Vos enfants sont aussi certainement concernés par nos actions de bénévolat au service de la santé publique malgré leur caractère chronophage.

ï Savez-vous qu’il existe en France une catégorie de personnes, dont le nombre dépasse les six millions, démunies et dans le besoin, qui bénéficient de la Couverture maladie Universelle ? Savez-vous que ces personnes ont droit à un « panier de soins et de prothèses » qui sont pris en charge par la collectivité et surtout par les chirurgiens-dentistes ? Lorsqu’un CMU se fait poser une prothèse dans nos cabinets, le tarif de la couronne nous est imposé. Ainsi, le prix de la céramique ne doit pas dépasser les 375 €. Le prix de l’inlay-core est bloqué au tarif opposable, c’est-à-dire au prix du remboursement de la sécurité sociale, sans aucun dépassement !

Quelle crédibilité peut-on apporter à vos affirmations sur l’absence de « diminution de nos tarifs » de prothèses alors que nombre d’entre eux sont plafonnés pour une catégorie importante de la population ? Vous auriez dû, avant de vous lancer dans de telles allégations infondées, penser à ces patients soignés à bas prix dans nos cabinets. Aucun pays au monde ayant notre niveau de vie fait appliquer à des libéraux une telle tarification de prothèses.

Hormis ces centaines de milliers de prothèses à tarif imposé et ridiculement bas, nos tarifs de prothèses dans l’ensemble ont peu évolué malgré la hausse considérable de toutes nos charges.

Personnellement, nous aurions beaucoup apprécié que vous fassiez un tableau comparatif des prix pratiqués en France et dans les pays d’Europe ou du monde ayant le même niveau de vie. Vous auriez pu constater que nos prix de prothèse sont vraiment « à la traîne » ! Nous aurions aussi beaucoup aimé que vous fassiez un tableau comparatif entre le niveau de vie il y a cinquante, trente et vingt ans et l’évolution du prix de nos céramiques. Nous pensons qu’avec ces données, vous reviendriez sur vos affirmations d’augmentation de nos tarifs et de nos marges.

ï Contrairement à ce que vous soutenez en page 52, ce n’est pas « la pose d’une couronne (qui) est facturée de 450 à 650 € ».

Cette fourchette de prix correspond à environ deux heures de travail. Pour en déterminer le coût, il faut définir les paramètres objectivant le montant final. Un tarif de prothèse comprend le paiement de :

– La location du cabinet ;

– Du leasing du fauteuil et de tout notre matériel dentaire ;

– De l’assistante et de la secrétaire ;

– Des charges sociales salariales et patronales ;

– Du téléphone, de l’électricité, de l’eau ;

– Des cotisations retraite, assurance maladie et allocations familiales ;

– Du plateau technique et des matériaux utilisés ;

– De la stérilisation, ;

– Et de tant d’autres facteurs parmi lesquels le paiement du praticien et le prix du laboratoire de prothèses.

La variation de ce dernier facteur n’est qu’un « epsilon» par rapport à tout le reste. Si un praticien fait 10, 20 ou 50 € « d’économie » par couronne du fait d’un prix adapté de son laboratoire, ce n’est pas pour se mettre dans sa poche ce différentiel, mais c’est pour investir dans les matériaux, matériel dentaire et les nouvelles technologies. C’est aussi pour faire face à la hausse considérable et constante des autres postes.

Connaissez-vous des loyers, du matériel, des salaires ou des charges qui baissent ? Pas nous. Le tarif de la prothèse n’a pas bougé de façon significative depuis une voire deux décennies (pour le moins) alors que le coût de la vie et des charges ne cessent d’augmenter. Maintenir nos tarifs est déjà un exploit que vous auriez dû mentionner.

ï Indépendamment de nos charges en hausse exponentielle, vous oubliez d’évoquer l’ensemble de nos obligations réglementaires qui vont crescendo en alourdissant considérablement nos charges :

å Formation continue qui nous oblige de fermer notre cabinet au moins trois jours par an pour nous payer une formation à prix fort sans compter la formation à la réanimation qui est obligatoire ;

å L’hygiène et la stérilisation qui doivent ne présenter aucune faille sous peine de sanction disciplinaire ;

å Radioprotection qui nous oblige à payer tous les ans un organisme agréé à prix démesuré ainsi qu’une personne compétente en radioprotection (PCR) dont le tarif est une charge considérable.

ï Vous voudriez nous voir inscrire sur notre facture de prothèse le prix du laboratoire (p. 54 in fine).

Pourquoi n’indiquer que cette mention ? Pourquoi ne pas préciser tous les frais que couvrent les prothèses ? Pourquoi ne pas dresser la liste exhaustive des frais horaires du cabinet : loyer, salaires, charges sociales, téléphone, électricité, eau, assurance maladie, allocations familiales, retraite, plateau technique, stérilisation, coût des matériaux, formation continue, frais de PCR et radioprotection, frais d’ordinateur, de logiciels et de maintenance de matériel informatique, frais de leasing du fauteuil, de l’unit, des radiographies, frais de ménage, de décoration etc … et fixer le taux horaire du praticien ?

Pourquoi ne pas demander au boulanger d’indiquer le coût de sa farine, au restaurateur le prix des éléments qui lui ont servi à préparer votre repas, à l’architecte le prix de la partie du crayon qui lui a servi à dessiner les plan ainsi que le coût de son papier, à l’avocat le coût de la partie d’encre qu’il va utiliser pour rédiger son assignation, au chirurgien le tarif de la lame qui va lui servir à réaliser son ouverture et le prix du fil qui va servir à suturer, au journaliste le prix du stylo qui lui sert à écrire son article, à une revue le tarif du papier nécessaire à un exemplaire de son mensuel … ?

Vous voyez que cette demande n’a aucune pertinence. Son seul objectif est de dénigrer notre travail en faisant croire que le prix des prothèses dépend de la facture du technicien car nous ne serions que des intermédiaires entre le patient et le laboratoire.

Cet argument est développé par les « denturologues » dont vous vous faites l’écho consciemment ou inconsciemment. N’avez-vous pas l’impression d’être manipulé par des arguments puérils qui ont été justement rejetés par les députés non pas « grâce à un lobbying intense auprès du gouvernement » (page 54 de l’article), mais par logique et intelligence ? Par contre les « denturologues » et les assureurs qui sont des commerçants ont un pouvoir que les organismes de notre profession n’ont pas. Eux font du lobbying, pas nous.

Il aurait été pertinent de faire une enquête sur ce que gagnent ces techniciens de laboratoires dont l’objectif d’une minorité est le dénigrement de ceux qui les font vivre ? Faites le comparatif entre leurs revenus et le nôtre et vous comprendrez qu’il vaut mieux travailler sur des modèles en plâtre sans aucun risque plutôt que sur des êtres humains avec toutes les conséquences que cela comporte.

Si les laboratoires de prothèses dentaires vous ont indiqué (page 53) qu’ils auraient perdu 3.000 emplois, ils ont oublié de vous dire que nous, chirurgiens-dentistes, avons créé plusieurs milliers d’emplois d’assistante dentaire et de secrétaire médicale.

2. Sur la prétendue augmentation de nos tarifs de soins :

Vous évoquez en page 54 que notre profession s’était engagée « à modérer le prix des soins prothétiques en échange d’une revalorisation des soins conservateurs (de 33 à 42% selon les actes) ». Cette affirmation n’a aucun fondement.

L’augmentation modique (qui ressemble à de la mendicité) de trois catégories d’actes (soins de racines, extractions et obturation) n’a été obtenue qu’en échange d’une augmentation mirobolante de notre cotisation d’assurance maladie de sorte qu’il y ait pratiquement compensation de l’une par l’autre. Parler d’augmentation est donc un non-sens.

Puisque vous évoquez le tarif de nos soins, prenons quelques exemples :

Une consultation : ½ heure environ de travail et de mobilisation du cabinet pour une facturation de : 21 € :

Un détartrage : : ½ heure environ de travail et de mobilisation du cabinet avec un plateau technique réduit pour une facturation de : 28,92 € :

Une extraction simple : : ½ à 1 heure environ de travail et de mobilisation du cabinet avec un plateau technique relativement important tant au niveau du matériel que de la stérilisation, avec une responsabilité professionnelle maximale, pour une facturation de : 33,44 €:

Un traitement des racines de molaires inférieures : 1 ½ heure environ de mobilisation du cabinet avec un plateau technique relativement important et poussé tant au niveau du matériel que de la stérilisation, avec une responsabilité professionnelle maximale, pour une facturation de : 80,24 € :

Demandez le tarif d’un dépanneur pour une fuite d’eau ou pour une réparation de télévision et faites de comparatif sachant que vous n’aurez pas de remboursement ! À responsabilité égale, à plateau technique équivalent, à mobilisation de personnels identique, à frais équivalents, quel est le prestataire de service qui travaille pendant 1 heure 30 pour 80 € ?

3. Sur un cas américain de « malfaçon » indéterminée ! :

Vous faites état d’un (et d’un seul cas) de « malfaçon » d’un bridge au Etats-Unis alors que plusieurs millions de couronnes sont posées tous les jours dans le monde. Croyez-vous vraiment que se faire l’écho de ce cas, dont on ne connaît pas la cause, rend crédible un article critique sur toutes les prothèses dentaires d’autant que votre comparatif place en tête la céramique « chinoise » ?

Imaginez un instant, un praticien posant des prothèses dentaires de qualité médiocre pour gagner quelques euros, comment son activité se conclura t-elle ? Clientèle mécontente, demande d’indemnisation, procès en responsabilité, contrôle sécurité sociale et plainte disciplinaire avec à la clé des sanctions d’interdiction d’exercer. Qui croyez-vous assez insensé pour prendre un tel risque pour « augmenter sa marge » de quelques euros ? Nous avons pour obligation de veiller à la qualité de nos prothèses, quelles que soient leurs origines.

4. Sur la traçabilité :

Pour la traçabilité, la réglementation se met en place. Bien sur, nous pouvons être trompés sur les matériaux utilisés mais nous restons vigilants. Nous devenons de plus en plus exigeants vis-à-vis de nos fournisseurs ou de nos prothésistes car nous respectons la chartre rédigée avec beaucoup de bon sens par notre Conseil de l’ordre.

Comment pouvez-vous écrire qu’en « cas de plainte, nombre de chirurgiens-dentistes préfèrent sans doute rester discrets, quitte à retirer la prothèse défectueuse et la remplacer gratuitement ». Bien sur que notre déontologie nous impose d’agir avec correction vis-à-vis de nos patients. Par respect pour eux, si nous avions le moindre problème, on tente de le résoudre avec conscience. Quel rapport avec votre accusation « d’opacité la profession » ? Nous garantissons notre travail et nous appliquons des règles déontologiques strictes, rigoureuses et sérieuses dans l’intérêt de nos patients, rien d’autre.

Pour conclure ces quelques lignes, n’avez-vous pas l’impression de vous être fait manipuler par vos « denturologues » dont l’objectif est le dénigrement et la dévalorisation du travail des chirurgiens-dentistes. Ainsi que par SANTÉCLAIR qui salarie des praticiens afin de pratiquer des prix bas voire des ventes à perte (mais dont le déficit est couvert par les énormes profits que font les assureurs). Leur but est de réclamer aux libéraux les mêmes tarifs impraticables pour asservir notre profession et augmenter leurs énormes bénéfices.

Les assureurs agissent avec beaucoup d’intelligence. Ils ont dupé nombre de nos confrères en leur faisant signer un contrat de partenariat au motif qu’ils guideront leurs clients vers leurs cabinets. Puis, une fois ces membres de notre profession asservis par ce système, les assureurs n’auront plus qu’à imposer leurs prix, dicter leur directives et racheter le système de santé dentaire à la sécurité sociale. Pour appliquer leur politique de mainmise sur la santé des Français, ils font un lobbying impressionnant car eux ont des moyens considérables. Leur objectif final est de gagner beaucoup d’argent en mettant à leur profit notre système de santé.

Une première pierre a été lancée en automne dernier avec le remboursement des lunettes qui devait être exclusivement pris en charge par les mutuelles qui auraient racheté cette part à sa sécurité sociale. Un jour viendra notre tour, les chirurgiens-dentistes, puis les médecins. Mais est-ce pour une meilleure qualité de soins de nos patients ? Peut-être pas. Quant à nous, nous préférons soit le système libéral soit la pratique salariale. Mais nous sommes contre le salariat avec les contraintes et les responsabilités du libéral, ce que voudraient nous imposer les assureurs.

Nous savons qu’il ne nous sera pas possible, eu égard à la jurisprudence, de vous imposer un droit de réponse, mais nous espérons quand même, par honnêteté pour vos lecteurs, que vous publierez notre lettre.

De notre côté, nous publions sur notre blog tous nos écrits ainsi que les réponses qui y sont apportées.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Directeur de la publication, en l’assurance de nos sentiments respectueux.

Philippe Rudyard BESSIS

Président de DSI

NOS ASSISTANTES DENTAIRES : NE PAS TOMBER DE LA COLLABORATION À LA CONFRONTATION

Voici le témoignage d’un confrère ayant subi une telle mésaventure. Nous la relatons en y apportant à la fin nos commentaires.

Chers confrères ,

j’ai une proposition d’action à vous soumettre, suite à une mésaventure qui m’est arrivée.

Savez-vous que face à un membre de notre personnel indélicat, nous n’avons aucun droit.

je vous raconte mon histoire (brièvement) et vous comprendrez là où je veux en venir :

– J’ai deux assistantes. Il y a 4 ans de ça une des 2 me faisait part de son intention de quitter le cabinet , mais ne voulait pas me donner sa lettre de démission, cela a duré plusieurs mois et la qualité de son travail , bien entendu, s’en est ressenti : en fait elle faisait tout pour se faire licencier et c’est allé jusqu’au stade de bâcler la stérilisation. J’ai fait le dos rond en me disant qu’elle finirait bien par démissionner, jusqu’au jour où elle a introduit un embout de lampe à photopolymériser sur lequel persistait des traces de sang, dans la bouche d’un patient. J’ai alors vu rouge et ai pris la décision de la licencier.

– Bien entendu prud’hommes : en première instance on reconnaît le bien fondé de mon action mais on me condamne à verser 225 euros pour une erreur d’écriture sur une fiche de paie et 600 euros au titre de l’article 700. L’assistante fait appel

– Jugement rendu il y a quelques jours (au bout de 4 ans de procédure) licenciement sans cause réelle et sérieuse et me condamne à verser la somme de 13.685 euros. Bon c’est un fait je savais déjà que les salariés ont tout les droits et les patrons uniquement le droit de signer les chèques. Peu importe , ce qui me révolte par contre c’est la forme.

– Il a été fait fi de mon dossier de défense pourtant épais  en disant que cela ne mettait pas ne péril l’existence du cabinet. pour ce qui est du problème de stérilisation on m’a rétorqué que comme il n’y avait qu’elle et moi dans le cabinet (donc pas de témoins) on ne pouvait pas vérifier mes allégations et le témoignage de ma 2ème assistante (qui devait passer derrière pour restériliser les instruments ) n’a pas été pris en compte car étant toujours mon employée elle m’était subordonnée et on m’a dit que j’aurais dû envoyer des lettres recommandées avant ; c’est exact.

-Avons-nous le droit (ou le devoir ) de penser d’abord à nous protéger avant de penser à protéger nos patients?

je ne regrette pas ce que j’ai fait et s’il fallait le refaire , je le referais, j’ai la conscience tranquille.

– Mais, avec toutes nos obligations qui augmentent de jour en jour, est-il normal que nous soyons autant démuni juridiquement face à ce genre de situation ou à d’autres, qui j’en suis persuadé a du arriver à d’autres confrères et arrivera certainement encore.

je pense que vous autres, syndicats, pouvez certainement jouer un rôle la dedans et il y a une action évidente (pour moi) à mener. Pensez vous que nous puissions assurer tout ce qu’on demande d’assurer sans l’aide de personnel compétent. N’oublions pas que nous sommes seuls responsables si un moindre problème arrive dans notre cabinet et personne d’autre. Il faut que ça cesse.

Qu’en pensez vous?

Si mon cas peut aider à servir d’autres confrères je serais ravi et je me mets à votre disposition pour toute aide éventuelle

bien confraternellement.

G : Bastia


LETTRE OUVERTE À M. L’HERRON APRÈS L’ÉMISSION DE FRANCE INTER DE NOVEMBRE 2009

Monsieur le Président, mon cher Confrère,

Pour vous avoir écouté à l’ADF, il y a quelques années, j’ai cru voir en vous un homme de conviction, pugnace, volontaire et rempli d’éloquence.

Lorsque l’on m’a appris que vous interveniez, sur FRANCE INTER, la semaine dernière, et que vous alliez parler au nom de toute la profession, afin de démontrer l’incohérence de la loi qui nous impose d’indiquer sur nos notes d’honoraires le coût du laboratoire, j’ai été enthousiaste et j’ai suivi toute l’émission.

Permettez-moi de vous dire que j’ai été déçu, frustré et que je suis resté sur ma faim car aucun des arguments les plus évidents n’a pas été développé par vous. Je pense que vous avez été piégé par vos interlocuteurs et que vous n’avez pas pu ressortir les certitudes qui entourent ce problème malgré votre grande expérience en matière de communication.

Vous êtes resté silencieux alors que l’on développait face à vous les clichés les plus abjectes contre notre profession. Quel gâchis pour nous tous qui espérions tant de vous.

Le syndicaliste représentant les laboratoires de prothèses a sorti les thèses les plus ridicules et populistes en parlant prétendument au nom de nos patients, lui qui n’en soigne aucun et qui ne les voit jamais. Comme s’il avait des leçons à nous donner, il argumentait au nom de nos patients, lui qui vit du travail qu’on lui confie, lui qui n’a aucune obligation de formation continue, lui ni n’a aucune déontologie à respecter, lui qui n’a aucun conseil de l’Ordre, lui qui n’est qu’un commerçant, lui qui n’a qu’un CAP. Vous avez laissé passer les thèses les plus vils sur notre profession sans broncher et sans répliquer sur au moins les points les plus mensongers !

Je vous retrace le résumé des points que les auditeurs ont pu retenir :

« Dentiste au bout de quatre ans d’étude, nous roulons en voiture de luxe parce que l’on revend des prothèses dangereuses pour la santé de la population, faites à l’étranger à bas prix car notre objectif est de faire jouer la planche à billet au détriment de nos patients puisque que l’on applique la culbute des prix en faisant du marketing : ce que l’on achète à 30 € on le revend à 600 € en faisant des marges considérables dont se gavent les brebis galeuses de notre profession. On pose ainsi abusivement des dents dont on tire une marge de 30 à 40 fois le prix d’achat sans que le patient ait droit à une prothèse au moins correcte et sans savoir si le travail a était bien fait. On applique un coefficient multiplicateur de 10 ou de 20 grâce à une fausse traçabilité qui du fait du relargage de métal met en danger la santé du patient au bout de quelques années. Pour le syndicaliste des laboratoires, il faut faire payer la prothèse directement par le patient au laboratoire car cela se passe ainsi pour les ophtalmologistes qui ne vendent pas les lunettes ».

De grâce, expliquez-nous comment vous avez pu laisser dire toutes ces inepties sans réactions alors que des centaines de milliers d’auditeurs étaient baignés dans la désinformation et que des dizaines voire des centaines de praticiens qui vous écoutaient bouillonnaient d’impatience de vous voir rétablir la vérité ?

« Revendeur », « culbute », « marge » : ces arguments sont repris depuis trente ans par les denturologues car en nous classant comme revendeur nous ne serions que des intermédiaires qui ne serviraient à rien sauf à retirer des bénéfices. En jumelant cette allégation avec le paiement direct de la prothèse au prothésiste, nous voyons leur objectif : vendre directement leur appareil au patient. C’est-à-dire faire notre travail sans passer les concours pour obtenir notre diplôme et mettre en danger la santé de nos patients ! Faire de la médecine sans être médecin. Demain, si on poursuivait ce raisonnement incohérent, l’infirmière en fera autant et remplacera le chirurgien !

Le coup de violon du technicien de laboratoire qui au téléphone fait part de ses souffrances parce qu’il passe des moments sans travail et d’autres où il est submergé par la demande, à cause des chirurgiens-dentistes, et qu’il prend alors des tranquillisants m’a tiré une larme ! Que croit-il que nous vivons d’autres ? Lorsque les patients acceptent nos devis, on travaille. S’ils refusent alors on ne fait rien. On ne peut pas forcer le patient à accepter nos devis, il reste maître de sa décision. La seule différence entre le laboratoire de prothèse et un cabinet dentaire, c’est que nous, chirurgien-dentiste, ne travaillons pas sur du plâtre inerte, sans voix et sans revendication. Nous, on passe notre temps à convaincre, à expliquer, à rassurer un être humain et lorsqu’on n’y arrive pas, on prend sur nous tout le stress que dégage un patient sous tension. Nous ne faisons pas le même travail. Un technicien ne soigne personne d’autre que son plâtre. L’humain, il ne connaît pas sauf quand il établit sa facture. Comment ose t-il alors nous donner des leçons de morale alors que son seul soucis c’est de gagner un maximum d’argent que nous lui versons. Pour nous, l’humain, on vit avec 10 à 12 H par jour. Pourquoi mon laboratoire ne soutient jamais le discours de celui qui prétend parler au nom de toute sa profession ? En ce qui me concerne, si les chinois ou les Suédois font de belles prothèses et si le prix me convient alors pourquoi ne pas les leurs acheter ?

Il paraît que nous faisons des « culbute » sur les prix et que c’est une bonne chose que d’indiquer le prix du laboratoire sur nos factures. D’accord. Mais pourquoi le laboratoire de prothèse ne fait-il pas la même chose. En utilisant un matériel de quelques centimes d’euros, il revend le produit plusieurs dizaines d’euros. Pourquoi ne pas lui dire qu’il fait une culbute de cent voir de mille. Pourquoi le laboratoire de prothèse n’indique t-il pas sur sa facture le coût réel du produit acheté ? Comment un laboratoire justifie t-il de vendre 90 à 200 € la céramique alors que sa matière première ne vaut presque rien ? Cette simple question mérite d’être posée car elle ne trouve pas de réponse sauf celle de gagner sa vie. Et nous, selon eux, nous devrions faire notre travail sans en tirer profit ?

Vous savez aussi bien que moi que nos prothèses ont commencé à être fabriquées en Chine depuis la mise en place des tarifs de la CMU. À 150 € une céramique facturée à 375 € et un coût de cabinet de 200 à 300 €/l’heure, il était impossible de faire autrement. Tout le bénéfice revenait alors au laboratoire de prothèses.

C’est vrai qu’un technicien a répondu qu’il avait des charges importantes. Nous c’est vrai, on n’en a pas. On ne paye pas de loyer, on ne paye pas de salariés, on ne paye pas l’eau, le téléphone, l’électricité, l’URSSAF, la retraite, l’ASM … A t-il oublié que l’État ne nous offre rien. Sait-il simplement que ma secrétaire et mon assistante me coûtent autant que mon technicien de laboratoire. Pourquoi ne pas mettre ces frais constants dans la note d’honoraires ?

J’ai tellement de choses à dire, mais vous connaissez tous nos arguments que vous retrouverez sur notre blog. La prochaine fois, je vous exhorte à être plus coriace et à ne pas laisser déblatérer des mensonges sans réagir. À travers vous, et au-delà de votre syndicat, c’est toute la profession qui est jugée. Nous qui avons choisi la voie syndicale, nous n’avons pas le droit à l’erreur. En vous ayant laissé mener en bateau, en n’étant pas suffisamment préparé, en ne développant pas avec pugnacité nos arguments, vous avez été piégé par de redoutables interlocuteurs qui vendaient leurs arguments habituels. Toute la profession en souffrira. Vous avez une verve habituellement redoutable, mais j’ai ressenti une gêne comme si vous reconnaissiez que votre interlocuteur avait raison. Sachez qu’en ce qui me concerne, je travaille dur pour gagner ma vie et je n’ai aucune honte de tirer profit de mon exercice professionnel.

Il faut déculpabiliser nos confrères et notre profession. Gagner de l’argent, au-delà de l’éthique professionnelle qui nous guide vers les meilleurs soins dans l’intérêt de nos patients, est une nécessité valorisante.

Il faut asséner ces vérités en utilisant votre éloquence habituelle. Revenez dans le cadre syndical. Défendez la profession comme nous-même la défendons et comme on poursuivra de la défendre y compris face aux obstacles venant de l’intérieur. Avoir un gros syndicat et faire des affaires n’a eu pour conséquence que de vous éloigner de votre base, de nos confrères, de nos problèmes et de la réalité du terrain. Je ne dis pas savoir mieux faire que vous mais j’y mets mon cœur et je le fais bénévolement sans craindre personne et sans objectif personnel.

Pour faire cesser le dénigrement permanent de notre métier, je vous fais donc ouvertement deux propositions : La première porte sur le mensuel CAPITAL qui a, de nouveau, publié un article nauséabond contre notre profession. Faites comme nous, ou mieux, associons nous, tous les syndicats, pour lui répliquer. Prenez les risques que je prendrais au nom de la profession.

La seconde est que mardi 1er décembre 2009, nous allons nous retrouver autour de la même table à la DGCCRF pour évoquer cette question de note d’honoraires avec le prix du laboratoire. Défendons ensemble, avec cœur et avec force notre profession face à une réglementation aberrante. Demandons simplement, si nous avions l’obligation d’indiquer le montant du laboratoire, de rajouter toutes les charges que nous devons assumer et de faire une liste à la Prévert sur le coût réel de notre travail horaire. Cela permettra, si on nous oblige à afficher les fourchettes de prix de soins, d’indiquer en face le montant réel du soin effectué à perte.

Dans tous les cas, j’inviterais toute la profession à agir de la sorte afin que le prix du laboratoire ne corresponde qu’à la réalité du prix fixé par nous : l’epsilon du tarif évalué par nous. Je donnerais comme consigne aussi d’indiquer le prix moyen d’une céramique en Allemagne, aux Etats-Unis, au Japon, en Suisse, en Espagne, en Italie afin que des comparaisons soient divulguées sur la réalité de nos prix.

Si le décret nous obligeant à afficher les fourchettes de prix de nos soins et de cinq de nos prothèses n’était pas annulé par le Conseil d’État à la suite de la procédure que DSI a engagée, alors je donnerais comme mot d’ordre d’afficher les tarifs des soins des pays ayant le même niveau de vie que nous pour montrer à quel point nous faisons de la mendicité en matière de soin.

Soyons d’accord sur ces deux points et travaillons en commun pour le bien de la profession sans tenter d’en retirer un profit personnel. Bref faisons, main dans la main, du syndicalisme cohérent au service de nos confrères. Si vous aviez avec sincérité cet objectif alors retrouvons nous sur les points qui nous unit : la défense de notre profession face à cette adversité ahurissante que l’on vit depuis notre sortie de faculté.

Dans l’espoir d’une réaction favorable de votre part, je vous prie de croire, Monsieur le Président, mon cher confrère, en l’assurance de mes meilleurs sentiments confraternels.

Rudyard BESSIS

Président de DSI